Le Peer-to-Peer (P2P), c’est le bien

CC | Ari FlinkmanLes technologies peer to peer (P2P) sont souvent associées au piratage de contenus audiovisuels. Présentées comme la source des maux des industries de la musique et du film, elles sont victimes d’une très mauvaise presse.

La semaine dernière, TorrentFreak a présenté un rapport sous un angle différent : celui d’un P2P apprécié des fournisseurs d’accès à Internet.

CC | Jon Wiley

Un peu d’histoire

Le Peer-to-Peer est devenu populaire dès la fin des années 1990 avec Napster. L’idée de départ était de pouvoir échanger des données non plus depuis un serveur centralisé mais depuis un ou plusieurs internautes. On parle donc d’échange d’égal à égal contrairement aux échanges comme le FTP – plus ancien – qui de-facto implique une hiérarchie : un serveur où se connecte plusieurs clients.

Dix ans plus tard, le P2P a connu bien des disgrâces. BitTorrent fût sans doute celui qui a regagné quelques lettres de noblesses. La marque a su s’offrir quelques soutiens de poids dans l’industrie du jeux vidéos dont Blizzard. Pour que les joueurs puissent télécharger les volumineux fichiers d’installation de StarCraft II ou World of Warcraft, Blizzard a fait le choix d’une distribution complètement décentralisée, basée sur la technologie BitTorrent.

P2P à l’époque du réseau téléphonique commuté, du câble et du xDSL

Les technologies P2P ont cette particularité d’être intelligentes mais d’avoir à affronter des contraintes de poids, notamment la bande passante remontante (upload bandwith) des internautes (de leur connexion vers l’Internet).

La bande passante disponible dans les accès à internet domestiques sont en large majorité fortement asymétriques. Ce, depuis que nous surfons avec des modems connectés sur le réseau téléphonique. Vous pouvez télécharger 10 fois plus vite que ce que vous pouvez envoyer. On retiendra un ratio 1/10.

C’est un choix qui reflète nos usages : nous téléchargeons plus d’information plus que nous en envoyons. Un internaute n’est donc pas à même de dialoguer avec un autre internaute d’égal à égal. Cela n’impêche pas la logique P2P de fonctionner, mais cela consistue un frein pour l’égalité et la réciprocité des échanges.

Fibre et autre technologies

Les réseaux ont évolué et en France nous avons pu voir l’apparition de forfait moins asymétrique, à ratio 1/2. Ainsi Free et SFR, dans le cadre de leur offre fibre, proposent tous deux 100 Mbps dans le sens descendant et 50 Mbps dans le sens montant. De quoi relancer l’intérêt du P2P ! A noter qu’en France, Orange a fait le choix de garder son ratio de 1/10 même sur la fibre.

P2P et fournisseurs d’accès, le big ♥ ?

Il y a le bon P2P et le mauvais P2P. D’un coté le P2P « professionnel », minutieusement calibré et respectueux des réseaux (avec tout au plus quelques sessions ouvertes en simultané) et des équipements chez l’utilisateur. De les versions brutes, sans réel ajustement qui permet d’ouvrir des centaines de sessions, sous prétexte que cela peut aller accélérer les échanges.

La première catégorie a longtemps fait l’objet d’un certain silence vis à vis des fournisseurs d’accès. On s’arrête souvent à l’argument de bande passante qui n’est plus directement à la charge de l’expéditeur des données. Cet argument n’est pas totalement vrai car bien souvent les technologies peer-to-peer on besoin d’annuaire centralisé pour mettre en relation les pairs entre eux. Dans d’autres implémentations on va même jusqu’à trouver des serveurs pour compléter la capacité des échanges en P2P, on parle alors de solutions hybrides.

Là, on entre dans le domaine de l’optimisation de la diffusion, de la fluidication des échanges. Dans une diffusion traditionnelle client-serveur, les données s’écoulent par un seul chemin (déterministe, relativement fixe) passant par les interconnexions des fournisseurs d’accès.

Les solutions P2P cassent ce modèle, éclatent le nombre de chemin empruntés, apportent une meilleure efficacité, redondance et résilience.

Question de timing

Pourquoi ne peer-to-peerise pas nos réseaux ? La mise en place de telle solution n’est pas simple. Il existe de nombreuses solutions propriétaires et la toile ne s’est pas encore entendu sur un norme commune à l’image du HTML5 ou CSS. Le W3C s’y intéresse via un groupe de travail Web Real-Time Communication. L’aboutissement de cette première étape est prévue pour 2013.

En France, la chasse au Peer-to-Peer, symbolisée par la création de l’Hadopi, n’a pas aidé à la démocratisation de cette technologie, ni même à faire émerger de talentueuses entreprises dans ce domaine.

Malgré tout, des acteurs importants se positionnent, le P2P « pro » s’immiscent lentement dans Skype ou dans Spotify.  Et cela va continuer à mesure que le réseau grandit.

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